soir

L’été avance…

Je reprends petit à petit le temps de l’écriture. Je profite de la fraîcheur passagère pour réorganiser mon poste de travail. Je définis de nouveaux objectifs pour ma plume légèrement engourdie.

Hier soir, j’étais sur un marché d’artisan, une grande fête annuelle à Libourne, avec musique à gogo (un peu trop forte à mon goût), guinguette immense où on pouvait se restaurer et bien évidemment, une petite allée d’artisans, avec David qui exposait.

petits noeuds

J’ai eu une petite satisfaction de trouver une acquéreuse pour une paire de petits nœuds à chaussures. C’est le plus souvent des fillettes qui les prennent, sûrement car les couleurs que je choisis pour les confectionner sont très enfantines et que j’y mets tout un imaginaire de confiserie. Et j’aime bien qu’elles se les approprient, comme de petites amulettes magiques qui viendront peupler leur univers.

Occasion

Puis en fin de soirée, un jeune couple s’est approché. Le jeune homme s’est mis à discuter avec David, émerveillé par tous ces puzzles et la créativité de mon chéri.

Chemin faisant, je me suis retrouvée à parler avec la jeune fille. Et comme très souvent, bizarrement, étrangement, ou évidemment, nous avons pris le chemin d’une communication plus intime, plus profonde, à l’orée de nos spiritualités, dans un échange où j’ai dirigé nos phrases vers l’esprit.

Je me suis observée menant la discussion, cherchant à identifier les besoins de mon interlocutrice. C’était difficile car il fallait parler fort, et que je suis encore fragile des cordes vocales. Alors souvent, j’étais prise de quintes de toux, avec les yeux qui pleurent et tout le tsoin-tsoin.

Contemplation de l'aube et recueillement du crépuscule

Est venu le moment où nous avons abordé la méditation. France m’a alors confié qu’elle aimerait pouvoir la pratiquer pour calmer son côté très stressée, me demandant comment faire et si cela pouvait lui être profitable.

Petit bouddha

Alors je lui ai répondu que c’était au début très facile et qu’il fallait vraiment que cela le reste simple pour ne pas se mettre trop en tension, voire trop exigeant. La méditation doit être légère comme une plume, douce comme une brise de printemps, tendre pour amener la détente et la bienveillance à soi-même. Il ne s’agit pas de rentrer dans une forme de torpeur, ou même chercher à faire le vide. Ne pas penser est une utopie, car même lorsque l’on est en quête du vide, l’idée existe et elle mène la réflexion.

Je parle de la méditation pour le calme intérieur, celle dont nous avons besoin pour rester en paix avec nos comportements indésirables et négatifs. Il en existe une autre forme, celle que l'on appelle la méditation analytique, sur un objet de réflexion. Celle-là, je crois qu'on la pratique à des niveaux divers suivant le fonctionnement de chacun. On ne s'en rend pas compte mais dans la démarche de compréhension, il y a déjà les prémices de cette méditation analytique. C'est en en étant conscient qu'on commence à l'expérimenter, l'affiner. Elle appelle alors à la concentration, à l'attention et à la persévérance. C'est là que la pratique de la méditation pleine conscience va intervenir. L'une va avec l'autre et vice versa.

Comment débuter ?

Revenons à l'établissement de ce calme intérieur. Au début, par où commencer, à quel moment et de quelle manière ?

Le matin, au réveil, apparaît être un moment très favorable. L'esprit reprend son activité avec limpidité ayant reposé durant le sommeil. Cela ne peut durer qu'une fraction de seconde, car nos facteurs perturbateurs qui sont tellement encrés en nous viennent très rapidement nous titiller. Ils sont comme des singes fous tapis derrière un buisson, prêt à bondir sur la moindre de nos inattentions.

Repérer cet instant clair est un très bon entraînement. Et comme tout exercice, c'est un entrainement qui aboutit automatiquement à plus de dextérité et de réussite. Vous verrez, c'est vraiment très intéressant et satisfaisant de "jouer" à cette pratique. Je l'apparente à ce moment unique, lorsque le soleil se lève et que la lune se couche, à l'orée du jour, quand la lumière suspend l'air et que l'on sent la bascule et le mouvement du temps.

Si nos petits démons sont déjà trop présents, c'est aussi la bonne manière de les tenir à l'écart quelques temps. Le temps de quelques minutes, pas plus de trois, en centrant son attention sur la respiration. Cela agit comme une sorte d'antidote.

Voilà en substance ce que j'ai expliqué à France, en précisant de ne pas forcer, ne pas dépasser ses limites ni les repousser plus loin que l'on ne sait.

L'autre moment propice à la méditation est le moment de l'endormissement. D'ailleurs, on le fait tous naturellement pour pouvoir accéder au sommeil. Que dire bien sûr des insomniaques, ceux qui peinent à le trouver ? Quand on s'accroche à la réalité, difficile de partir dans le monde des rêves ! Mais, mes propos n'aborderont pas ce trouble, quand bien même ils pourraient être aidant pour le diminuer.

À nouveau, se centrer sur sa respiration demeure la façon la plus facile et très bien adaptée.

Petit à petit, l'oiseau fait son nid

Le renouvellement de ces petits moments conduit aisément à une pratique plus importante. La satisfaction qui en résulte est un carburant pour continuer et progresser.

Par contre, le chemin est long avant de pouvoir atteindre cette posture durant des heures voire des jours, qui est si admirable lorsque l'on regarde des moines bouddhistes. Ils n'y sont pas arrivés en un claquement de doigt, comme pour tout, c'est un apprentissage et une discipline.

Nous avons encore continué notre bavardage, France et moi et lorqu'elle est repartie, elle m'a remerciée chaleureusement, trouvant notre rencontre très agréable, presque prédestinée.

Je ne crois pas aux coïncidences ni au hasard. J'aime bien ce mythe chinois où il est dit qu'un fil rouge relie tout le monde, par groupes de continuité. C'est un peu comme des rendez-vous invisibles où l'on se rend, ou que l'on annule pour d'autres.

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Ces rencontres impromptues, j'en fais tellement souvent depuis que j'accompagne David sur les marchés. Je les apprécie énormément car elles répondent toujours à ce même besoin de transmettre, de laisser une trace et d'apaiser un tant soit peu la personne qui se présente à moi. Cela coïncide avec cette quête de savoir en quoi je peux être utile aux autres. J'en ai fait une sorte de carburant dont j'abuse de moins en moins, pour ne pas m'oublier ou me perdre au-delà de moi-même. C'est une petite réalisation personnelle pour nourrir et cultiver l'humilité. Comme le petit grain de sable perdu dans l'immensité d'une dune qui, sans lui et ces condisciples, ne pourrait exister.