sapin de noel

 

En me laissant un message sur ce billet de juin dernier, quelqu'un a réactivé dans mon esprit ce sujet sur lequel je me penche depuis bien longtemps : l'hypersensibilité.

C'est pour moi un terrain d'exploration très important, car je suis une hypersensible.

Désensibilisée

Ce qui est paradoxal, c'est que durant toute mon enfance, on m'a "désensibilisée" ! À quoi, pourquoi et comment ?

On peut commencer par le "pourquoi". Vers deux ans et demi, mes parents ont constaté que j'avais de l'asthme. Docteur Papa, qui possède ce titre en biologie mais surtout pas en médecine, souffrant lui-même de cette maladie, l'a identifiée comme telle. A alors commencé la valse des visites médicales pour confirmer et soigner ce fameux mal. Faut dire que les symptômes étaient probants. Je ne pouvais mettre mon nez sur des lapinous sous peine d'avoir moi-même la myxomatose, la moindre poussière de craie à l'école, de charbon chez mes grands-parents habitant dans le Pas-de-Calais, de moisissures (ça, je n'ai jamais pu vraiment le comprendre : était-ce le moisi de l'humidité qui en séchant me montait au poumon ?...), bref tout cela me déclenchait ces crises d'asthme.

À l'époque, on faisait alors une désensibilisation, comme aujourd'hui, mais avec des piqûres, pour régulariser la production d'histamines et renforcer les défenses immunitaires devant les agents pathogènes. Ouaouh ! Quel langage ! Déformation professionnelle d'avoir travaillé en milieu hospitalier durant vingt ans. Mais aussi, expression de mon hypersensibilité dans le détail des mots !

Je ne parlerai pas plus de cette longue période de "désensibilisation" d'une part je l'ai déjà décrite dans le blog "Ruisseau de vie", ensuite je pense avoir digéré tout cela.

À préciser, qu'à l'adolescence, je me suis émancipée de cette maladie. Et oui ! Je n'oublierai jamais le regard affolée de ma mère, ainsi que ses cris, lorsque j'ai tout bonnement attrapé un tiroir de mon secrétaire bourré de médicaments et que je l'ai vidé dans la poubelle. Exit tous ces traitements, dont certains, et je le comprendrai plus tard, étaient des essais cliniques. Ça me laisse dubitative.  C'est d'ailleurs à cette période que la césure entre mes parents a commencé. Changement de monde ou atterrissage dans le mien. Reprise de mon corps et de mon esprit, et abandon des schémas familiaux.

Pour en revenir à mon sujet initial, l'hypersensibilité, je l'ai exploré très tôt pour mieux comprendre mes fonctionnements. Car si on doit être désensibilisé c'est bien qu'on a trop de sensibilité.

Bout d'un quotidien personnel avec cette hypersensibilité

Cette hypersensibilité, je la vis comme un atout. C'est un merveilleux rappel à l'éveil, un métronome pour rappeler que l'on ressent, que l'esprit l'entend. La paire de manche est d'arriver à gérer ces flots d'émotions, qu'elles ne se retournent pas contre nous, et que l'on en fasse une force.

Alors pourquoi un titre tel que Décembre et hypersensibilité ? C'est parce que je vais vous raconter un peu ce ressenti de ce fameux mois.

En premier temps, quel que soit les évènements extérieurs, c'est toujours pour moi un mois difficile. Il est celui où je retiens ma respiration (intéressant pour une ancienne asthmatique), où je rentre en apnée pratiquement car je déteste le noir et que les journées courtes me désespèrent. Ce n'est pas le froid ou l'humidité. Ça, c'est le temps de la nature. Il me plait et je l'aime car il est normal et c'est l'expression que mère nature vit au cycle de son rythme. Mais c'est bien cette diminution du jour qui m'attriste. J'ai su développer des stratégies où à la tombée de la nuit, je ferme tous les volets, j'allume des lumières chaudes, je me pelotonne dans mes chandails, je cuisine de bonnes soupes odorantes ; je cocoone en résumé.

Noël

C'est aussi le mois de Noël. Cette fête où l'on se ré-unit (je mets volontairement ce tiret, certainement car dans mon schéma familial, il existe un passif de désunion regrettable). C'est le moment de faire des cadeaux à ses enfants. C'est d'ailleurs à cette occasion que l'on va entendre de la part de nos aïeux, "ces enfants sont trop gâtés". Mouhai, gâté c'est tout de même bien négatif. Je vois de suite dans mon prisme verbal l'image de la pomme à deux couleurs, l'une encore jaune et l'autre bien marronnâtes, ou les moisissures déjà poilues sur une pêche trop mûre, avec une odeur âcre et piquante. J'ai plutôt trouvé un mot qui convient mieux à mon esprit : des enfants sucrés, qui sont de ce fait des enfants délicieusement chéris. Cette notion de douceur et de confiserie, c'est ce que j'aime vivre dans cette période de Noël.

Mais la nostalgie, puis les blessures des séparations, me rendent cette période lourde à porter. Ce mois vient après novembre, qui, je ne sais pas pour vous, est souvent marqué par le départ d'êtres chers. La fin de l'automne, la sève qui s'est retranchée dans le sol, qui a quitté pour un temps l'énergie de l'air et qui emporte les plus faibles ou ceux qui ont fini leur chemin.

Il y a aussi cette forme de convention, d'obligation à être en fête. Cela ne me déplait pas, au contraire j'adore décorer le sapin, mettre des guirlandes dans toute la maison, allumer des bougies, préparer des plats dorés. Mais toujours, la nostalgie frappe à ma porte. Elle n'est pas le regret, bien que cela a été le cas sans le passé, non maintenant, elle est cette nostalgie qui porte les souvenirs, qui ravivent ces moments de joie et me fait ressentir une grande fierté de les avoir vécus, en sachant aussi que beaucoup d'autres suivront. J'y ai travaillé pour ne plus subir.

Cependant, si on ne veut pas "être en fête", on va déranger. Ou si l'on dit qu'on n'aime pas cette période, on ne va pas être compris et presque regardé de travers. Et comme je l'expliquais à mon fils, c'est le moment de faire le dos rond, et de regarder le temps passer, essayer du mieux que l'on peut de fabriquer de bons moments à se rappeler et de savoir que janvier vient après.

Je sais que mon hypersensitivité m'amène à vivre ces moments avec une grande intensité et aussi avec beaucoup de réactivité et je prends le temps de les parcourir avec beaucoup de calme mental.

Gilets jaunes

Cette année, ce mois a été particulier. Vous ne serez pas étonnés, si je vous dis "gilet jaune".

J'ai été très impactée par cette succession de samedis manifestés. Ils étaient, et sont toujours, l'expression de cette réalité que vivent beaucoup de personnes dans notre pays. Je crois pouvoir dire, sans trop exagérer, que je suis moi-même un stéréotype du gilet jaune. Je vous passerai les détails, mais je pense être très représentative de ce que notre société génère. J'ai juste choisi de regarder mes richesses intimes plutôt que celles matérielles, et je suis tout à fait "sucrée" !

J'ai reçu et je l'ai encore cette énergie d'un peuple qui se réveille, qui revendique l'égalité et la fin des inégalités, de ces privilèges qui appartiennent aux riches.

Mais très vite, cette colère grondante s'est amplifiée dans une grande colère indomptable, qui ne décolère pas d'ailleurs et qui mènent à la violence.

Du haut de ma p'tite campagne, je regarde tout cela. Je soutiens ce mouvement car il est l'expression de cette cassure entre la population et les dirigeants. Je veux aussi que cela change. Mais je suis navrée que beaucoup de citoyens oublient les valeurs de la république, que ceux-là n'ont pas conscience du confort qu'ils possèdent et surtout n'utilisent pas leur capacité intellectuelle à analyser, comprendre et construire une transformation.

Mon fils, en étude de sociologie, trouve que mon positionnement face à la violence fait le jeu du gouvernement. Pourtant, la non-violence n'est pas synonyme de passivité ou de soumission. C'est un mode de fonctionnement que les humains possèdent en eux. Cette non-violence ferme la porte à la sauvagerie et à la barbarie. Elle élève au débat, ouvre aux partages de nos besoins et l'identification de ceux-ci.

Alors qu'a provoqué en moi, tout au long de ces samedis, ma grande sensibilité ?

Beaucoup d'anxiété, et des moments de souffrance importants.

David était sur la route tous les jours, artisan au marché de Noël de Bordeaux. Il a été aux premières loges pour voir les défilés jaunes. Le marché a été respecté et on le comprend bien : les artisans sont aussi de vrais laissés pour compte dans le fonctionnement de notre société. Mais cela a beaucoup impacté sur ses résultats et on risque de manger beaucoup de macaroni en 2019 !

Néanmoins, j'avais peur pour lui, peur qu'il lui arrive quelque chose. J'avais cette même angoisse pour mes loulous, peur qu'ils soient eux aussi dans ces rassemblements débordants et difficilement maîtrisables.

Je me suis faite avoir quelquefois par ces chaînes de télé, qui se disent d'information, mais qui sont juste des rapporteuses d'images, quand elles ne sont pas dans la falsification de ces infos. Comment espérer une bonne communication quand la vérité est contournée, arrangée, cachée, politisée ? Je suis triste que dans notre beau pays, le journalisme soit exercé par certains de cette manière. À qui cela profite, en fait ?

Pour traverser mes grands émois, j'ai beaucoup médité. J'ai écouté mon cœur et ma respiration. J'ai pacifié mon esprit pour que mon cerveau émette de l'énergie positive.

J'ai aussi beaucoup pensé à toutes ces personnes qui comme moi sont fragiles devant ce climat de violence, qui sont dans cette hypersensibilité qui peut conduire à une telle anxiété qu'aucun mécanisme de défense n'arrive à apaiser le stress et qu'ainsi on en devient malade.

Je n'ai pas pensé pour penser, j'ai mis mon âme dans leur direction. J'ai aussi destiné ce courant à ceux qui sont sur ce terrain de confusion anarchique voire chaotique.

Renaissance et spiritualité

On se trouve sur une pente qui mène à la fin d'un système, une dégénérescence qui conduira à sa mort. Mais c'est aussi le cycle vie-mort-vie.

De tout cela viendra un autre modèle, un fonctionnement différent de la société.

Il est juste important de tirer des leçons du passé, c'est pour cette raison qu'il est aussi important de le connaître, pour peut-être faire marche arrière et changer de chemin. Il est temps d'arrêter de s'auto-flageller en reconnaissant nos erreurs, les reconnaître sans les réitérer encore et encore.

C'est cela sortir de la roue, comprendre que la roue tourne. Elle ne tourne pas dans un sens différent, elle tourne pour entrer dans une autre roue ; sinon, elle reste à l'identique.

Il a été dit que le XXIème siècle serait spirituel ou ne serait pas. J'en suis convaincue.

Il manque cruellement de spiritualité dans nos sociétés. Peut-être parce que ce mot est galvaudé, incompris, mal interprété. Qu'il renvoie à une teinte de l'irraisonné, pas très cartésien ou matériel. Et ça fait peur d'avoir la foi de nos jours, tant on l'associe à la religion.

bougie fête des lumières

Spirituel vient de l'esprit. Tous, nous en possédons un. Tous, nous utilisons ce mental. Tous, nous avons une conscience avec des niveaux distincts.

Notre commun est notre besoin de développer le bonheur. Tous les êtres vivants mettent tout en œuvre pour le développer, du simple microbe à l'organisme le plus évolué.

La différence est la prise de conscience de cet ensemble, le partage que nous pourrions et que nous devons en faire pour vivre ensemble.

Alors qu'attendons-nous pour enseigner, nous enseigner, et tirer enseignement de nos savoirs ancestraux qui nous constituent ?

Ce sont ces petits feux qui s'allument qui font renaître l'espoir, et de tout cela à nouveau, j'en suis intimement convaincue.