survival_in_troubled_waters__survie_en_eau_trouble_by_hubert61-d56o6pe

 

Je vais écrire au jour le jour, enfin, peut-être pas tous les jours, mais régulièrement, une nouvelle dont vous trouverez en premier lieu la fin.

C'est un exercice d'écriture guidée, dans laquelle je mets en pratique ce que j'apprends dans ma formation d'écrivain.

La consigne est d'écrire une scène dans laquelle Paul, qui a été quitté par julie, qui l'a trompé, la croise dans un lieux public. L'émotion que Paul ressent pour julie, c'est du rejet puis de la nostalgie, puis une troisième émotion à choisir. J'ai comme l'impression que je vais dépasser le nombre de trois. Mais c'est ainsi.

Ce que je publie ici est un premier jet.

Quand j'aurais terminé ce récit, avec la phase de réécriture que je suis en train d'apprendre, j'en ferai un e-book qui rassemblera toutes les parties. A lire d'un coup !

Voici la fin :

Paul arrive en haut du grand plongeoir. Il sent presque un sentiment de bonheur d’avoir surmonter sa peur. Il ressent de la liberté à pouvoir décider maintenant. Il n’a plus ce picotement derrière la tête qui le rendait fou. Julie et lui, ce couple périmé, n’existe plus.  Il sait qu’il n’a jamais franchi le cap de sauter de si haut, que son absence d’entrainement va lui être fatal. La planche de plongée est humide et glissante. Ce sera dommage de déraper maintenant. Il agrippe ses orteils au rebord, vide ses poumons et se lance la tête la première.

Après, il n’entendra plus rien que le bruit de l’eau qui bouillonne dans ses oreilles, l’impression que son crâne s’est ouvert en deux. Et bientôt, il touchera le fond, inerte et sans oxygène, ayant laissé l’eau remplacer l’air.

Voici la partie 1 :

Le grand bassin est là, devant lui, avec sa profondeur abyssale, son grand plongeoir, ses couloirs délimités par des boules rouges et blanches et le clapotis de l’eau après le passage des nageurs. Paul aime être assis sur l’estrade, s’imprégner de l’humidité ambiante, regarder les mouvements des gens.

Il vient très souvent ces derniers temps, pour panser ses blessures, détendre son corps meurtri. Mais ce n’est pas vraiment son enveloppe corporelle qui est véritablement en mille morceaux, c’est son esprit, ou son âme, ou son cœur. Ses pensées tournent en boucle, repassant certains moments, se posant un millier de questions sans réponse. Où se trouve Julie maintenant ? Que fait-elle après avoir provoqué ce tsunami qui a tout ravagé sur son passage, leur nid douillet, leurs habitudes et leur complicité ? Est-elle vraiment détachée et néanmoins désolée de la rupture ? Sera-t-elle heureuse avec cet autre qui lui a dérobée ? Oh, comme il souhaiterait qu’elle dérape à son tour, comme il voudrait la savoir désespérée autant que lui !

Paul est constamment  oppressé par une tristesse lourde et bleue marine. La nuit, elle le laisse tranquille. Mais le jour, elle est là, constamment, tapie dans toutes ses terminaisons nerveuses. Souvent, il pleure et cache ses larmes amères chez lui. Mais il préfère de loin se trouver dans un endroit vide, sans rencontre possible ou regard interrogateur : l’appartement lui rappelle trop de souvenirs. C’est sans doute pour cela qu’il se réfugie souvent à la piscine. Lorsqu’il nage, il peut pleurer tout son souhait : ça ne se voit pas.

Etre invisible, c’est un de ses fonctionnements favoris. Tout son physique parle pour lui : grand, très mince, à la limite du transparent. Et ce, depuis qu’il est adolescent. Souvent, sa mère était préoccupée par son aspect, essayant de lui faire manger tout un tas d’aliments qui étaient présumés lui faire prendre un peu de poids. Mais son organisme avait vite fait de tout brûler voire il était satisfait d’avoir du grain à moudre, d’une certaine manière. Mais que pouvait-elle changer cependant, cette maman dévouée et surprotectrice ? Elle semblait ignorer que leur chemin de vie avait tellement impacté Paul et sa sœur. A moins qu’elle ait voulu l’oublier ?

Paul détestait penser à son père. Quelque chose lui répugnait. Il vivait sa relation avec lui comme une trahison, ne supportait pas son indifférence. Souvent, il le trouvait immature, comme un adolescent qui a arrêté de se développer, bloqué sur ses capacités et persuadé qu’elles lui conféraient un pouvoir sans limite. Ce père-là était d’un égocentrisme forcené, à l’allure gigantesque, avec des muscles puissants. Bien-sûr, il l’avait craint longtemps, évitant de provoquer chez lui des réactions violentes. Il avait appris à se replier sur lui-même, à se rendre intouchable. Il avait du mal à supporter qu’on le prenne dans les bras, alors qu’il savait que cela lui procurait un soulagement immense.

Sa mère lui avait tout dit. Avec cette habitude qu’il lui détestait de raconter toute la vérité, toute sa vérité. Sa convention à elle était de parler de sa réalité sans avoir conscience du chaos qu’elle provoquait en lui.

Comment aimer un père qui a tant rejeté sa mère et surtout lui-même. Il n’avait pas fait que s’absenter lors de ses premiers mois de vie à l’intérieur de sa mère. Ce paternel s’était autorisé à vivre une autre aventure, s’était détourné de sa compagne pour jeter son dévolu sur une autre. Celle-ci devait soi être comme lui, soit capable de ne pas s’impliquer dans une relation superficielle et sans doute ravageuse. Elle n’avait pas voulu le changer ou le guérir ; elle l’avait juste subi dans son harcèlement et avait su s’en détacher et prendre la fuite.

Mais le mal était fait, les dés jetés pour modifier la route qui donnait l’illusion d’être parfaite. Même si son enfance avait paru très rassurante, elle n’avait pu transformer une marque de rejet évidente, malheureusement confirmée tout au long des années qui suivirent.

Vers l’âge de seize ans, là où on commence à chercher son identité, ou les études ouvrent des portes sur de nouvelles perspective, il avait dévoré bien avant d’aborder la philosophie des ouvrages de Sartre et de De Musset. Il s’était réfugié dans ce monde de pensées correspondant à son univers lunaire et à son besoin de solitude, à cette nécessité de tout faire lui-même et seul. Il avait perdu pied dans ses premiers émois amoureux, redoutant de réagir comme son père, ne voulant surtout pas être froid et distant face à son premier amour. Mais il avait compris, non sans une très grande angoisse, qu’il n’avait pas tant que cela appris à aimer et à donner de l’amour. Pourtant, il avait tant observé sa mère et sa capacité à être avec l’autre, tellement adroite à transmettre sa douceur pour sublimer toutes les personnes qui l’entouraient et croyait qu’il pouvait faire comme elle. Mais on ne s’identifie pas à son parent de sexe opposé, à moins que l’autre soit peu présent.

Pour comprendre, se comprendre, comprendre l’être humain, il s’était orienté vers une faculté de sociologie, tout en suivant en candidat libre les cours de psychologie. Il était curieux du fonctionnement de l’homme en général. Ce qui le passionna au plus haut point, ce fût ce fameux complexe d’Œdipe. Qu’avait-il pu en vivre, petit garçon, alors que ses parents se déchiraient ? Qu’avait-il pu intégrer alors que sa mère avait pris la décision de s’enfuir ?

Alors qu’il développait jour après jour un caractère nostalgique à l’extrême, se créant un personnage dans l’hyper romantisme, enchaînant des crises existentielles qui le mettait à chaque fois hors-jeu, totalement cahot, il croisa le chemin de Julie.

Il l’avait tout de suite remarquée en début de troisième année universitaire. Elle n’était pas là, auparavant ; c’était une "nouvelle". Il l’avait observé tout un semestre. Elle était jolie à ses yeux et certainement aux yeux des autres. Il aimait sa mouvance dans un corps haut et presque imposant. Elle laissait comme une trace indélébile après son passage, comme un sillon de parfum intense et séducteur.

Suite prochainement...