AREIGNEEÉcrire, c'est ma bouteille d'oxygène quand je me trouve dans mes abysses. Et hier au réveil, la boue de mon lac troublait toute mon eau vitale. Voilà ce que j'avais écrit en début d'après-midi.

 

J'ai trouvé une araignée dans mon évier de cuisine ce matin ! Elle essayait de remonter le long de la paroi émaillée, en vain. Je l'ai vue en bougeant une casserole que je m'apprêtais à nettoyer.

Je venais de travailler à mes idées d'écriture, autour d'un café, David en face de moi,  lui-même travaillant sur son ordinateur. J'aime bien quand nous sommes ensemble dans un état de concentration. Je me sens en sécurité et mon esprit est plus libre. Je lui pose aussi des questions, pour échanger des points de vue. David est un taiseux mais ses réponses silencieuses sont toujours très précieuses. Pour ce qui est de la communication non-verbale, avec lui, c'est une magnifique expérimentation. C'est au final très efficace ; pas besoin de tenir un discours qui de toute façon ne reflète qu'une partie minime de nos pensées. Avez-vous déjà essayé de décrire au mieux tout ce qui passe dans votre tête ? Avec les mots parlés ou écrits, c'est quand-même extrêmement ardu et laborieux. C'est comme mesurer un iceberg en n'évaluant uniquement la partie visible.

Mon questionnement sur mon projet d'écriture s'est situé autour de : Pour quel public écrire ? Quel intérêt pourrait-il y trouver ? Comment pourrait-il s'identifier, se retrouver dans mes récits ? Interrogations basées sur mon unique ressenti, sur ma manière de fonctionner en mode cachée depuis tellement longtemps et avec automatiquement des biais dans mes réponses.

Je me suis demandé ensuite de quoi j'ai envie de parler ? Quels sont les moyens dont je dispose pour construire ce projet et le mener à terme. J'ai alors repensé au dernier commentaire de ma fidèle lectrice, Cécile, sur l'auteure de Harry Potter. C'est vrai, j'ai tout en moi, je le sais. C'est d'ailleurs un enseignement bouddhiste au sujet du savoir en nous qui ne demande qu'à être reconnu. Aller à sa rencontre, en faire l'expérience, l'étudier, le comprendre et le méditer.

Malgré cette réflexion concrète, mon esprit conservait une certaine lourdeur et me posait dans un état d'anxiété certain. Alors quand j'ai vu la bestiole dans l'évier, mon trouble s'est accentué. La vue d'une araignée provoque en moi des vagues de dégoût, de peur incontrôlable, et puis la colère fait place en la voyant, là, dans mon espace vital. Je l'ai écrasée avec violence et le dos d'une cuiller à café. C'était risqué, mais j'ai réussi. Tout de suite, en sentant mon cœur battre la chamade, c'est la honte qui est venue toquer à ma porte. Ce n'est pas très bouddhiste d'agir ainsi. Ne pas tuer un être vivant est le premier vœu à respecter, base de beaucoup de religions et de morales. Dans le bouddhisme, on nous enseigne que tout être vivant a été des milliers de fois nos mères et qu'à notre tour nous avons été la leur autant de fois. Je dirais que ça calme d'imaginer cela. Cela offre une approche tellement plus douce et tendre de tout ce qui est vivant. Cela ouvre sur beaucoup plus de tolérance et d'acceptation des différences qui font peur.

J'ai terminé ma petite vaisselle et je me suis rendue dans ma chambre. En montant les escaliers, tout mon être devait transpirer mon malaise. David a d'ailleurs eu un soupir. D'agacement ? D'impuissance ? De compassion ? Et oui, ce monsieur qui ne dit rien sait particulièrement bien me décrypter, puisque c'est son mode de communication si subtile.

Et hop, re-colère en moi, avec ma plainte qu'il ne me comprend pas, qu'il n'essaye pas. Mais qu'est-ce que j'en sais au juste ? Il n'est pas dans ma tête et quand bien-même il le serait, a-t-il à le faire et qu'est-ce que cela apporterait ? Oui, la compréhension permet un meilleur accompagnement, mais moi non plus je n'ai pas idée de ce qu'il comprend lui-même.

Je me suis assise sur mon lit avec une énorme envie de pleurer, n'y arrivant pas vraiment comme si mes larmes étaient rouillées. J'avais tellement besoin de réconfort. J'ai jeté un coup d'œil pour serrer quelque chose contre moi. Puis tout doucement, je me suis prise dans mes bras et les larmes ont commencé à couler.

Ne m'entendant pas bouger, David est arrivé. Il m'a pris dans ses bras, en me disant doucement : "qu'est-ce qui te fait pleurer ?" Je n'ai pas cherché à lui répondre ce fameux "rien" qui bloque tout. J'ai réussi à lui exprimer mon épuisement et ma fatigue de porter tous ces souvenirs qui me hantent et me font souffrir. Vidée par les évènements de ces derniers jours.

Car ils ont été pesants et difficiles, même si en apparence pas vraiment explosifs. Allez, la préparation d'une énième expertise médicale, puis la réalisation de celle-ci ; la conversation avec mon avocat et la lecture de sa requête qui retrace exactement ce que j'ai traversé : on pourrait presque dire que c'est de l'habituel et que j'ai vu tellement pire. Mais c'est là-aussi que le bas blesse ! Ce quotidien compliqué, rempli de lutte, de procédure, d'élaboration de protection pour vivre mieux, c'est un travail à temps plein qui ne s'arrête jamais et que je n'ai vraiment pas choisi. Il me prend toute mon énergie et j'ai souvent l'impression d'être une marathonienne qui repousse ses limites au-delà du possible  pour parvenir à la ligne d'arrivée.

David m'a donné de son énergie en me serrant contre lui, en me rassurant, en me protégeant. "Va prendre ta douche, change toi les idées". Et j'ai suivi son conseil, sans me rebuter, sans le prendre comme un ordre ou un évitement. Je sais à quel point il est sage.

Alors je suis allée dans ma salle de bain et j'ai laissé l'eau claire emmener avec elle toutes les poussières de mon esprit. Face à mon miroir, j'ai regardé mon intérieur. Je me suis rappelé comme les six pratiques préparatoires prennent du sens dans ces moments-là.

En toute simplicité, c'est le sentiment de joie qui m'a envahie. Écrire mon plaisir, mes plaisirs. Raconter ces merveilleuses rencontres amoureuses que j'ai eu la chance de vivre. Et tout cela, je l'ai en moi et je sais le raconter à ma manière, avec ma vision, mon idée du beau, ma musique personnelle.

L'aujourd'hui de cet aujourd'hui est plus léger. Il met en lumière un chemin à suivre, tranquillement à mon rythme, en élargissant ma zone de confort, qui est parfois tellement restreinte qu'elle en devient le fil d'un funambule. Le chemin, c'est pouvoir marcher stablement sans risque de plonger dans le vide et de s'y perdre. C'est lui qui dessine l'existant.

C'est la vérité de mon réel.